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INTRODUCTION


Notre destination de vacances 2002 se porta sur Gaujac qui est un merveilleux petit village de France, paraissant presque perdu au cœur de la campagne. Bien situé, puisqu'aux portes de la Provence, il abrite de nombreux sites gallo-romains rappelant combien l'histoire des hommes finit toujours par les rassembler. La brochure offrait pourtant un panel de villégiatures impressionnant, mais Gaujac réunissait deux critères essentiels : la distance de Paris et l'intérêt des curiosités.

De fait, Édouard souhaitait réduire autant que faire se peut, les kilomètres à parcourir en voiture, tant l'année de travail avait été harassante, épuisante. Pendant la période de bilan, s'étendant d'habitude de février à la fin avril, il avait dû assumer des tâches ardues. La raison en avait été "la mauvaise pioche" de nouvelles recrues qui n'étaient pas encore tout à fait opérationnelles. Ces dernières avaient œuvré comme elles le pouvaient, contraignant Édouard à réviser chacun des dossiers avant la sortie du bilan !

L'absence du collègue efficace, car expérimenté, lui avait cruellement manqué. La dirigeante qui avait malmené sa sensibilité, l'ayant humilié devant témoin, ce dernier démissionna. La méthode consistant à engueuler un membre du personnel - porte ouverte  – de façon à mieux "terroriser" le reste de l'équipe qui accepte d'une année à l'autre, un salaire gelé ce, depuis le commencement d'un partenariat fragile. Ceci a pour but de dissuader le personnel à quémander le moindre avantage : augmentation, pont de l'Ascension, congé exceptionnel.

La pratique s'avère efficace en usine, où les effectifs sont nombreux, mais demeure catastrophique dans une structure réduite. Et puis, en région parisienne, les postes vacants existent à l'endroit de ceux qui se donnent la peine d’en chercher.

L'homme en question – plutôt jeune - dénicha un job rapidement, toutefois à salaire égal, pour une masse de travail réduite. Après la période fiscale - bien que l'équipe en place soit fraîchement formée - plusieurs membres démissionnèrent, alors que les dossiers devaient être mis à jour et que les commissariats aux comptes, ayant lieu parfois aux antipodes du domicile, commençaient ! Ce fut un "remake" entraînant de nouvelles formations au travail spécifique de collaborateur en Cabinet qui fut entamé, grignotant un temps désormais précieux, retardant l'avancement des écritures des dossiers, perturbant les sempiternelles déclarations trimestrielles, les fiches de paie en fin de mois…

De façon à boucler cette période noire, Édouard avait travaillé neuf heures par jour se rendant au poste même le lundi de Pentecôte et celui du premier mai – généralement chômé - travaillant les samedis de février jusqu’à la fin avril, abandonnant le camp vers seize heures afin de procéder aux courses hebdomadaire. Le dirigeant, qui aurait aimé le voir quitter le bureau à vingt heures, tirait une tête de six pieds de long, ne songeant qu'à engranger plus de bénéfices, jamais partagés !

Bref, l'année fut essentiellement ponctuée de formation, servant à terme uniquement aux intéressés, qui sitôt opérationnels filaient ailleurs exercer leur métier. Peut-être étaient-ils mieux rémunérés ? Le job devait probablement exiger une présence moins pressante, entraînant moins de concentration, dans un environnement plus attrayant.

De fait, Édouard supervisa maints bilans, sortit moults liasses fiscales, seulement aidé de la recrue paraissant plus douée et reçut une prime de bilan minorée par rapport aux années précédentes, parce que ledit patron avait concédé une augmentation de deux cent trente euros (1500 F) en début d'année, brisant un gel datant de 1990. Il se rattrapa donc, sur la prime de bilan, celle des vacances et de fin d’année…  De la sorte, la dernière couvrit-elle à peine les frais de Noël et du Jour de l'An !



Revenons à la destination des vacances 2002.

La Côte d'Azur a été la grande exclue, à regrets, parce que l'endroit étant trop prisé au goût d'Édouard et du mien, par un nombre exponentiel de franciliens, faisant le voyage depuis maintenant plusieurs décennies de façon à s'assurer un implacable beau temps. De bien mauvaises langues auraient évoqué les congés payés instaurés en 1936, expliquant la profusion d'individus à un endroit donné, même si à l'aurore du XXème siècle la plage, la mer sont principalement réservées aux nantis, pas aux autres ! Néanmoins, un dénominateur commun remporte l'unanimité : le tohu-bohu régnant l'été sur la Côte gâte considérablement le plaisir de la baignade, du farniente sur le sable, des promenades en centre ville après la douche, le soir. Ne faudrait-il pas s'exiler encore plus loin, de façon à dénicher un lieu paradisiaque, où régnerait un calme olympien ?

Est-il nécessaire de rappeler combien la plage est dorénavant un lieu de plus en plus insupportable, à cause du sans-gêne grandissant de jeunes gens toujours plus j'en foutistes, téléphonant à haute voix pendant des heures, levant le ton pour couvrir le bruit des radios et celui d'insatiables pipelettes repues de commérages ? Quant aux amoureux de la lecture, ne doivent-ils point subir - sans piper mot - le survol de leurs têtes par les planches à voile de surfeurs indélicats, que les propriétaires "oublieront" au bord de l'eau, réservé d'habitude aux enfants ? Toutefois, comment y échapper ? Un bémol est venu grossir - ces derniers étés - une liste déjà exhaustive : le déploiement de cabine de déshabillage particulière, désormais plantée dans le sable pour la journée entière, à l’image des belles du XIXème siècle !

À cette époque, la population démographique de la France n'avait pas atteint celle d'aujourd'hui et ce lieu de villégiature était réservé à un nombre restreint, ainsi que cela a déjà été, dit. Mais le fleuron des inconvénients n'est-il pas d'abord, de dénicher une place de stationnement tous les jours, relevant davantage du parcours du combattant sous un soleil de plomb que de la sinécure ? En vue de satisfaire les vacanciers, le parking ne devrait-il pas être gratuit, à proximité de la mer, à l'ombre d'un arbre, proche de la supérette de façon à procéder aux derniers achats, avant de rentrer à la maison ?

Tristement, la réalité est tout autre. L'heure du stationnement est prohibitive, frôlant souvent l'inacceptable, même si l'homme moderne paie, puisqu'il ne sait plus se priver du confort auquel la société l'a éduqué volontairement, à son insu. La plupart du temps, les aoûtiens consentent à se garer sur un terrain caillouteux, loin de la plage, rapportant pourtant largement de quoi subsister à la municipalité, les mois d'hiver. Ces tarifs sont instaurés par le Maire de la commune, sous couvert du préfet de région. Jusqu'à quand, de pareilles pratiques seront-elles tolérées ? La manne s'accumule dans les coffres des gens aisés, qui la place au sein de paradis fiscaux échappant au circuit économique, au fisc français... Alors que si les vacanciers disposaient de la gratuité des parkings, l'argent économisé serait reversé aussitôt dans l'économie du pays, créant à terme emplois, foyers fiscaux supplémentaires engendrant plus de T.V.A. dans les caisses de l'état…  



Mon choix se fixa donc, sur les masets de Gaujac, bien que le descriptif - à première lecture anodine – fournisse des détails essentiels : au cœur d'un village en pleine nature, les masets de Gaujac ont été construit à flanc d'une colline boisée. Situés aux portes de la Provence, le site offre des possibilités de ballades innombrables : le pont du Gard est à quinze kilomètres ; les commerces sont à deux  kilomètres et demi. Gaujac est à trente kilomètres, au nord d'Avignon. Quel bonheur vivrais-je,  en pénétrant au cœur de la cité des Papes. Les remparts de la ville, le pont d'Avignon demeurent – pour moi - de réelles merveilles évoquées seulement dans les livres d'histoire… Je crois que j'en  rêve depuis toujours, avant même d'avoir étudier le "schisme" qui a conduit la Papauté à s'installer en Avignon. Pensai-je.

J'imagine les masets disposés à la manière des "pavillons" de Centers-Parcs, où les parkings ont été aménagés à l'extérieur du site, au grand bonheur des résidents ! Ceci préserve non seulement l'environnement, mais également la tranquillité de chacun. À l'intérieur, des vélos pour femmes, hommes et enfants sont à louer. De la sorte, des dizaines de cyclistes sillonnent les allées calmes et silencieuses. Ces derniers se déplacent lentement, n'ayant point à subir les désagréments du stationnement, notamment aux abords du complexe sportif, des boutiques, des restaurants. Arrivé à bon port, le cycliste introduit la roue du vélo dans un crochet métallique en acier, prévu à cet effet. Des portes vélos ont été également aménagés devant les habitations. Rien de tel, pour apprécier pleinement les joies de la nature.

Quant aux masets, j'aimerais que le nôtre soit éloigné de la piscine, des jeux pour enfants, car je rêve de calme et de silence à cause du bruit des sept chantiers successifs que j'ai subi jour après jour, à Meaux ! Les décibels dépassent incroyablement le seuil du supportable et qui s’en soucie ? La gendarmerie, la police, les acteurs, le promoteur, semblent tous indifférents à cet inconvénient majeur, que j'estime pour ma part, crucial. N'ai-je pas quitté Paris en vue de vivre paisiblement proche du centre ville de Meaux ? Si j'ai bien raté quelque chose, c'est cet objectif !

Aux masets, Édouard aura à disposition l'indispensable boite à images. De la sorte regardera-t-il ses feuilletons favoris. Incroyablement, il apprécie encore, les mêmes personnages animant une nouvelle histoire, à chacun des épisodes ! Nous disposerons également d'une terrasse et de son mobilier de jardin. Y aura-t-il un parasol, préservant du soleil, dans un pays où ce dernier est roi ? En toute franchise, j'aimerais que nos futurs voisins soient éduqués, au point de respecter la tranquillité d'autrui. Car là, je suis contrainte et forcée de m'en remettre au hasard, qui m'a plutôt desservi jusque-là. Toutefois, notons que ces vacances auront un coût équivalent à celui d'un séjour en l'hôtel demi-pension, sachant que nous aurons l'occasion de découvrir les avantages et les inconvénients de la vie – en maison individuelle - ce dont nous ignorons tout. En la matière, mes souvenirs d'enfance ont intégré un lointain passé, d'autant que les nuisances subies en milieu urbain, me font envisager les vacances plutôt au rythme des cigales.

Aurais-je  oublié un instant, que je suis  une fille du bord de mer, baigné de soleil les trois quarts de l'année ! Ainsi, la douce chaleur estivale, l'envie de nager à l'intérieur d'une eau  tiède, salée, est-il quelque chose de viscéral, à laquelle je n'y puis strictement rien ? Tristement, l'homme de ma vie exècre les deux conjugués. Pourquoi alors, a-il épousé une pied-noir d'origine, qui les aime ? Voilà une trentaine d'années que je respire un air complètement pollué au cœur de la région parisienne, la plupart du temps sous la grisaille. Les hivers m'incitent à l'enfermement, tant le froid me transperce les os, sitôt le nez dehors ! De la sorte, ai-je abandonné tout espoir de m'aérer en permanence dans cette région de France, comme j'en avais pris l'habitude sous les bons auspices de la cité phocéenne, jusqu'à ce 18 janvier 1969. Ce jour où nous l'avons quitté définitivement, poussés par des besoins alimentaires.

Marseille et le Port Barcarès

Cependant, Marseille demeure au fond de mon cœur une belle cité, rarement prisonnière d'un plafond bas, du froid, du gel et offre aux autochtones une chaleur bienfaitrice qui me manque terriblement. Elle est  ponctuée de mistral, ce vent partant du point haut de la vallée du Rhône, filant à la vitesse de l'éclair jusqu'à la mer Méditerranée ! Il balaie absolument tout sur son passage : orages, moustiques, insectes nuisibles à l'homme, mais peut être bon pour les cultures fruitières et légumières.

Moi-même, avais-je fait remarquer à Édouard, étant au Port Barcarès, que la ville nouvelle avait été construite au bord d'une côte jadis battue par les vents, où pas âme qui vive existait, en dehors de la faune sous-marine. C'était avant que de nombreux promoteurs immobiliers, imbus de profits,  ne viennent jeter leur dévolu sur cette côte interminable, longeant la mer. Chacune des parcelles de terrain semble désormais avoir été acquise par un francilien. Ainsi, les Parisiens des cités à loyers modérés bâties loin de Paris, se retrouvent-ils en juillet-août, ailleurs. À la nuit tombée, des animations éparses, bruyantes, gênent certainement ceux qui ont un logement étriqué, juste au-dessus !

Nous retournâmes au Port Barcarès en 1998. Roselyne avait confié gracieusement le deux pièces, agrémenté d'une ample terrasse, acquis une quinzaine d'années plus tôt. Elle s'était laissée prendre au battage médiatique des promoteurs immobiliers. Notons qu'actuellement encore, de nombreux lotissements – villas et appartements -  sont à vendre, nourrissant  toujours grassement les agences du site.

Bandol

Dans les années quatre-vingts, nous avions loué trois étés de suite,  un meublé à Bandol, bordant le département du Var. Pendant les quatre week-ends que compte un séjour d'un mois, nous avions décidé d'abandonner la plage aux Marseillais car leur intrusion était massive générait une gêne réelle à l’endroit des vacanciers ! C'était injuste, d'ôter aux parisiens que nous étions, payant le prix fort, deux jours de plage hebdomadaire. N'avaient-ils pas eux, la possibilité d'en profiter tout au long de l'année, ce qui était loin d'être notre cas, même si à ce moment, nous jouissions d'un mois entier de congé ? D'évidence, les plages de la cité phocéenne étaient prises d'assaut, à cause du nombre croissant de candidats à la bronzette. Tandis qu'à Bandol, nous étions encore au calme, tout en étant proche de Marseille, qui est seulement à une cinquantaine de kilomètres par l'Esterel.

Ce qui m'a attirée sur la côte varoise est la similitude frappante entre Bandol et Cannes. Le quai Charles de Gaulle - la croisette bandolaise - y est séparée ainsi qu'à Cannes, d'une rangée de palmiers nains, dont la hauteur n'excède pas deux mètres (ce qui a changé depuis, à Cannes). De cette façon, le quai Charles de Gaulle dispose de deux sens de circulation.

Le côté droit, en direction du port de plaisance, offre une enfilade de boutiques modernes, ponctuées de terrasses de café empiétant amplement sur la chaussée. D'agréables fauteuils attendent le vacancier adepte du farniente, sous un large parasol déployé tôt le matin, jusque tard dans la nuit. Quelques restaurants affichent une carte abordable, alors que d'autres sont exorbitants. Un glacier montre - derrière une vitre de plexiglas - un nombre impressionnant de parfums "maison» faisant craquer plus d’un ! À la suite, un magasin d'articles de plage, de cadeaux souvenirs reste ouvert une douzaine d'heures par jour, au grand bonheur des petits et des grands, ne se lassant guère d'y dénicher la bouée inclassable, un bloc note original, des cartes postales, des sandales de plastique pour la baignade. Tout proche, un chausseur pour Dames expose des nu-pieds "tout cuir" dont les modèles sont exclusifs. Si un détail gêne la cliente, une paire sera réalisée à ses mesures, dans la couleur de son choix !

À ce moment, Édouard assumait amplement la charge du foyer autorisant des écarts de dépenses, ce qui est désormais impossible !  En face, le Casino brillant de mille feux la nuit accueille toujours à côté, des voitures particulières sur de la terre battue bordant la mer. La promenade commence là : un bout de plage, puis deux jardins paysagers concédant une pause à l'ombre de hauts pins. Un autre parking abritant la capitainerie, puis le port de plaisance suit, sur la promenade. Au loin, il y a la mer, des hôtels quatre étoiles pouvant accueillir de grosses fortunes du monde entier !

J'avais une quinzaine d'années, quand je suis tombée sous le charme de Bandol. C'est une collègue de travail de Maman, qui nous y avait conduit, en voiture. Je fus séduite sur-le-champ, estimant l'endroit mieux fréquenté que les plages de la corniche, à Marseille. Pourtant, ce petit port bandolais a un point commun avec la mégalopole qu'est devenue la deuxième ville de France : il est cosmopolite.

En 1980 à Bandol, nous estimions être entourés d'Allemands, de Belges, de Hollandais du plus bas pays, de Marseillais, de Bandolais et de Parisiens. C'était le fruit d'une observation minutieuse des plaques numérologiques des véhicules parqués à côté du nôtre ou croisés en déplacement. À cet âge, la sensation de "fourmilles" dans les jambes est détestable, menant ceux qui en sont victimes ailleurs, encore et toujours plus loin. Est-il nécessaire de rappeler, que la trentaine est un âge béni, où les élus foisonnent d'énergie ? Sitôt au repos, l'envie de bouger pousse à l'action, ce qui heureusement a tendance à se calmer, la cinquantaine venue.

Parmi les gens du nord de l'Europe, beaucoup ont investi dans le vaste programme immobilier qui épouse la corniche à l'entrée de la ville. Il s'étire, calquant le dessin du relief, jusqu'à la rue du Docteur Masson, parallèle - en sens unique -  au quai Charles de Gaulle. Au bout de la rue, d'autres artères montent vers les hauteurs où de bizarres habitations en terrasses - ressemblant à des blockhaus – dominent la baie. Ce sont les Katikias. Mais à mi-chemin de la rue du Docteur Masson, en empruntant une ruelle étriquée, il est aisé d'atteindre une placette biscornue aboutissant par un étroit passage, à deux immeubles modernes construits de part et d'autre de la montée abrupte.


La première année, nous avons habité un meublé tout équipé, au premier étage d'une résidence bâtie à gauche de la montée. Nous disposions d'un large balcon et d'une place de parking.

L'année suivante, ce fut un meublé, dans le complexe d'en face, dont le nom a changé depuis ! Nous jouissions cette fois, d’un grand deux pièces au dernier étage, dont la terrasse avait une vue imprenable sur la mer !

Rue du Docteur Masson vous pouvez poursuivre la rue truffée du dos des nombreux restaurants qui dégagent une odeur de cuisine grasse : poisson, frites, à toute heure du jour et de la nuit. Toutefois, l'endroit est ponctué de commerces plus attrayants. En la franchissant, loin de la chaussée bruyante, presque collée au fond, il y a un ensemble de constructions anciennes, littéralement cachées par de hauts platanes séculaires.

Ces résidences privilégiées abritent au rez-de-chaussée encore et toujours des commerces, empiétant abondamment sur le trottoir. D'abord, il y a un magasin qui expose une quantité énorme de chaussures. À côté, suit une pharmacie moderne aménagée en profondeur. Puis, il y a une librairie journaux proposant bien sûr livres, revues, jeux, jouets. Un restaurant élégant jouxte. Ses tables sont alignées de l'autre côté de l'allée centrale, piétonne et sont recouvertes de nappes blanches. Le chef affichait en 1999 une bouillabaisse à cinq cent francs (soixante dix euros) !  À côté, un restaurateur propose le petit déjeuner copieux à dix euros, jusqu'à onze heures seulement !

Au loin, au bord de l'eau, après la rue à double sens de circulation, apparaît une profusion de bateaux de plaisance amarrée à des pontons de lattes de bois. Ils sont alignés les uns à la suite des autres. Des sociétés privées proposent par ailleurs, la visite en bateau de l'île de Bandor qui appartient au célèbre Paul Ricard, le pastis !

Si vous continuez dans l'allée piétonne entre les platanes, vous parvenez à une place aboutissant après un double virage à la poste de Bandol et juste avant, il y a un garage de réparations de voitures. Plus haut, se trouve le restaurant "Chez son père" qui a été substitué par un centre de beauté. En face, des arcades en dur cachent des commerces pimpants. Au-dessus s’élève en hauteur, une résidence moderne.

Les arcades basses sont un plaisir des yeux, dont les Bandolais et autres vacanciers peuvent jouir du plaisir des yeux, un peu partout au cœur de notre belle France. Que ce soit à Louhans en Bourgogne, à Uzès dans le Gard, à Lons-le-Saunier dans le Jura, rue de Rivoli à Paris et partout ailleurs, les arcades rappellent l'histoire de notre pays.

Depuis la corniche, si vous empruntez la rue d’en face, vous vous dirigez vers la baie de Rénecros. La côte est abrupte, logeant de part et d'autre des magasins au rez-de- chaussée d'immeubles modernes, heureusement bas. Parvenant sur le plat, des jardins paysagers agrémentent le devant de belles villas, une école, un hôtel pension. Enfin, en empruntant la première artère à gauche, qui est parallèle à la baie de Rénecros, vous parvenez au bout, à l'entrée de la plage public, même si plusieurs passages privés existent. La crique protège avantageusement des remous du large, du vent. Sur le pourtour de la baie, de hauts murs composés de pavés irréguliers la surplombent, cachant sur les hauteurs de magnifiques propriétés bâties sur le plat. Chacune dispose d'un accès direct à la plage. Pourtant, quelques-unes paraissent à l'abandon. Sans doute s'agit-il d'héritiers désargentés, alors que d'élégants hôtels sont du nombre.

Le Coyotte

En 1999,  nous y avons séjourné une quinzaine et ce fut dans l'ancienne villa de Jules Auguste Muraire dit Raimu, transformée en hôtel. L'endroit parut magique et l’impression de vivre un rêve, prédominait. Toutefois, l'attitude fortement empreinte de mercantilisme dont fit preuve le gérant du moment, ternie la joie des retrouvailles avec le Coyotte et Bandol !

Le coin d'Azur à Bandol

En avril 1983, nous caressions le projet fou, d'ouvrir une boutique de prêt-à-porter à Paris. Étant donné que les vacances d'été seraient zappées, nous nous sommes octroyés un break avant la fin des travaux de la boutique. Ce fut au "Coin d'Azur" à Bandol. Ce joli coin, si bien nommé, n'existe plus aujourd’hui, ayant été racheté par un particulier, y coulant à n’en pas douter, des jours paisibles. C'est le souvenir idyllique de ce séjour, qui généra en mai 1999, l’appel téléphonique au coin d’Azur dans le but de réserver une chambre.

À l'époque, les conditions étaient très attractives : vingt et un euros  par jour (cent trente huit francs) en pension complète ! Pour accéder à la plage, il suffisait de franchir la porte de fer rouillée du jardin et d'emprunter l'escalier aboutissant directement, sur le sable ! C'était le rêve. La période fut favorable en tout : le thermomètre affichait plus de vingt- cinq degrés et la plage était quasiment... à nous ! De la sorte, j'eus le sentiment d'avoir accosté sur une île déserte du pacifique. De plus, les repas étaient familiaux, réalisés à l’évidence avec des légumes frais.

Nous avions deux chambres mitoyennes – meublés modestement -  avec bains et cabinets séparés. Du jardin, il était possible d’admirer en silence, les rosiers colorés de la villa Raimu ! La floraison était foisonnante et dégageait d'inoubliables senteurs.

Aurons-nous un jour, le privilège de séjourner dans un hôtel semblable ? Édouard n'a plus de travail, or ce boss le payait bien. Qu'adviendra-t-il,  si le nouvel employeur revoyait à la baisse le dernier salaire ? J'aime mieux ne pas y penser… sans compter qu'il y a la boutique. Son emplacement est loin d'être idéal. Somme toute, rapportera-t-elle autant d'argent,  que je l'envisage ?

À ce moment, seul un côté de la rue Raimu, était construit. En face de l'hôtel donc, la plupart des terrains étaient encore à bâtir. Curieusement, trois blocs de béton trônaient là, faisant office de chambres d'hôtels supplémentaires qui étaient louées à la belle saison,  quand tout était complet ! Tristement, la rareté et l'emplacement des terrains ont dû faire le reste… D'ailleurs, comment dire "non" à de l'argent frais, quand le pouvoir l'autorise ? 

Seize ans ont filé et les blocs de béton ont disparu au profit de maisons, d’hôtels, de restaurants, un haut immeuble. Ils semblaient avoir jailli des tréfonds de la terre, bénéficiant pourtant de terrasses ombragées invitant le passant à y flâner. À côté du restaurant, une villa privée, puis une autre. Toutes magnifiquement  agrémentées de jardins paysagers, clôturés de haute porte de fer forgé peinte en noir, préservant l'intimité des occupants, autant que les pins centenaires !

Bizarrement, un permis de construire avait été délivré pour construire un bâtiment moderne de cinq étages, dont les balcons plongent littéralement, dans le parking de l’ancienne demeure de l'acteur Raimu de son vrai nom Muraire Jules Auguste, né à Toulon. La bâtisse gâche considérablement le cliché, façon carte postale !

De la sorte, de merveilleuses villas d'été se profilent lentement, jusqu'à atteindre une série de marches descendantes, entre deux murs bien espacés. Chacune est composé de longues et lourdes pierres - moulées certainement en usine -  conduisant sur le sable de la plage de Rénecros. Même les rues transversales, fort étriquées, affichent un tableau fort bétonné. Pourquoi, recouvrir de gris, ce coin de paradis que la nature avait si généreusement comblée de ses bienfaits ? Des bénéfices partagés, qu'en reste-t-il aux visiteurs en proie au déplorable gâchis, ne profitant qu’à une poignée d’individus haut perché dans l'échelle sociale ?

La réservation

Sur le net, la recherche du site de Bandol fut aisée. Le coin d'Azur existait donc encore, décrochant le combiné, le ton emprunt d’émotion.

"Le coin d'Azur ? Je souhaiterais réserver une chambre pour deux personnes. Ce serait pour une quinzaine en août, s'il vous plaît." 

"Ah ! Je suis désolé Madame. Le Coin d'Azur a été vendu à un particulier." Répondit une voix d'homme.

"C'est curieux, le numéro de téléphone que je viens de composer est écrit sur le site de Bandol, en face de la ligne "Au coin d'azur " ! Vous me dites donc, que l'établissement n'existe plus et les appels sont donc renvoyés sur votre standard ? " M'interrompis-je, pénétrant la manipulation de l'interlocuteur.

"Oui Madame. C'est exact." Ajouta-t-il.

"Je suppose que le prix des chambres ne correspond plus, à celui qui était pratiqué en 1983 ? " Questionnais-je encore.

"Quoiqu'il en soit Madame, si vous désirez réserver au Coyotte, il me faut votre numéro de carte bancaire et la date de validité. " Lança-t-il.

"Je suis désolée Monsieur, mais je ne communique à personne mon numéro de carte bancaire. Et en quoi, s'il vous plaît, vous est-il nécessaire  à ce stade de la transaction ?"

"Votre numéro sera utile au moment du paiement, Madame. Autrement, je ne puis donner suite à votre appel." Devant l'obstination de l'interlocuteur, je m'exécutais, songeant sur-le-champ que j'étais en train de commettre qui sait, une bévue.

Néanmoins, ne voulais-je point descendre dans cet hôtel et pas ailleurs ? Quand un affreux doute s'empara de moi, songeant que n'importe qui pouvait désormais régler des achats sur le net, par correspondance, utilisant les numéros fournis volontairement !

"Maintenant, puis-je connaître le prix de la chambre, en pension complète, je vous prie ?» 

"Les tarifs varient entre neuf cent et mille quatre cent francs (cent trente huit et deux cent quatorze euros) la chambre, pour deux. La chambre à cent trente huit euros (neuf cent francs) a vue sur la rue, tandis que celles à cent soixante huit euros (mille cent francs) ont vue sur le jardin et certaines sont face à la mer. Vous avez un supplément de quatre euros soixante (trente francs) par jour pour le chat, plus une taxe de séjour d’un euro (six francs cinquante cinq)  par personne entièrement reversée à la commune.

En revanche, si vous désirez une place de parking, elle est facturée onze euros (soixante-dix francs) par jour." Conclut-il. Je réfléchis une poignée de secondes.

"La chambre sur la rue à cent trente huit euros donc, conviendrait. Nous pensons être à Bandol du 2  au 16 août. Comment procédons-nous ?"

"Moi, je ne vous envoie rien. En revanche, je vous demanderais un chèque de réservation égal à trente pour cent du séjour." Conclut-il.

"Bien." Dis-je, saluant l’homme au bout du fil, semblant avare de paroles,  calquant à l'image des autres hommes de la planète ! Sans tarder, je m'exécutais, imaginant la baie de Rénecros baignée de soleil, la villa Raimu plongeant sur la mer, le piano-bar vaguement évoqué. Je n'emporterais rien "d'habillé" pour le soir, car j'aurais l'impression d'être déguisée. Ce sera « bermudas » toute la journée, piano-bar ou pas. 

J'ignorais naïvement, que j’étais loin de la fin de mes peines ! Quand j'eus la confirmation de la réservation, pénétrais-je alors que le prix annoncé incluait non pas la pension complète, mais la demi-pension ! Je décrochais alors, le téléphone et le gérant paraissait même joyeux, d’en avoir piégée encore une…

"Mais Madame, la pension complète n'existe pas dans notre établissement. En revanche, nous proposons à notre clientèle des salades à huit euros  (cinquante francs le midi." 

"Vous avez bien conscience que cela change le budget de nos vacances ? Maintenant que vous avez le chèque de réservation depuis plus de huit jours, vous savez que l'opposition est impossible ?" Lançai-je, sans ménagement. L'homme se défila, prétextant être appelé ailleurs. Je raccrochais, présageant que les vacances 1999 démarraient plutôt mal :

Trente pour cent représentent exactement trois nuits d'hôtel. Nous pouvons parfaitement passer trois nuits et quitter la place. Non. Cette solution ira à l'encontre de mes désirs : j'ai envie de regarder la mer, de me promener au bras d'Édouard au bord du rivage, sentir l'atmosphère de Bandol seize après, afin de déterminer si l'envie d'y finir nos jours, est envisageable. Dans la mesure où un Éditeur me publiait, nous aurions alors la possibilité d'investir dans un modeste pavillon, voire un appartement avec vue sur la mer, proche du centre, du port de plaisance, de Marseille, cher à mon cœur. Ce fut mon rêve tout de suite, au moment même où j'ai découvert Bandol. Qu'en sera-il demain ?

Par précaution, je me rendis à la banque en vue d'expliquer la situation. Voici ce que l'interlocutrice répondit :

"Eh bien Madame, si un paiement est effectué avec vos numéros, nous ferons opposition. Voilà tout." Sa réflexion n’ôta point l'affreux doute gisant au fond de moi.

Enfin, le temps fila et l'horloge indiquait quinze heures, quand le 2 août 1999 nous parvînmes frais et dispos au Coyotte. En effet, la période de bilans, ainsi que la révision des dossiers traités chez des clients parfois implantés aux antipodes de Meaux, avaient littéralement "pompé" Édouard qui s'obstine encore à fumer comme un pompier ! Il fut décidé – d'un commun accord -  de couvrir les huit cent kilomètres nous séparant de la Côte d'Azur, en deux jours. Ainsi, c'est après l'agglomération lyonnaise, que nous descendîmes dans un hôtel "Première classe" dont je me souviendrais longtemps.

L'hôtel Première Classe

Toutes les chambres avaient portes et fenêtres ouvertes, à cause de la chaleur torride. Des familles nombreuses disposaient de plusieurs chambres et les enfants rendaient visite aux parents, nu-pieds ! Quand le calme s'imposa de lui-même, un indélicat se mit à tenir une longue conversation à haute voix, en compagnie d'un compère aussi bien éduqué que lui ! Ce fut au point de les entendre intelligiblement, depuis l'intérieur de la chambrée, porte et fenêtre closes ! Quand le sommeil gagna enfin les indélicats, allant s’étendre à leurs tours, ils permirent aux clients de l'hôtel à sombrer d'épuisement dans les bras de Morphée.

Le lendemain, filant directement sous la douche, les yeux encore plein de sommeil, je constatais l'exiguïté du cabinet de toilette : le rideau déployé touchait la cuvette des toilettes. Enfin, le bruissement des pieds mouillés sur le receveur rappelait celui du plastique. Le matériau de forme biscornu, n'était qu'une coque de plastique moulé intégralement ! Heureusement, que c'était pour une nuit… 

De la sorte, l'intermède permit de parvenir frais et reposé sur le parking du Coyotte, une poignée d'heures plus tard, excepté le chat. La pauvre bête supportait tant bien que mal l'épaisse fourrure recouvrant tout son corps, malgré les trente degrés celsus, sous abri !

"Bonjour Madame. Bonjour Monsieur. Avez-vous fait bon voyage ? Demande l'hôtesse d'accueil, au sourire éclatant.

"Oui, merci. Voici la réservation. " Articulai-je, présentant la lettre à en-tête de l'hôtel.

"Je n'en ai pas besoin. Pourriez-vous en revanche, me montrer votre carte bancaire, s'il vous plaît ?" Le hâle de la jeune femme était parfait, tranchant avec la blancheur légendaire et bien réel des Parisiens que nous étions. Lestement, Édouard tendit la sienne, car mon temps de réaction semblait au ralenti.

"Ah ! Je suis désolée Monsieur. Votre numéro ne correspond pas." Ajouta-t-elle. J'extrayais donc la mienne, la posant sur le comptoir.

"Oui. Celle-ci correspond. Ne vous inquiétez pas. Nous demandons le numéro de la carte pour vérifier si vous êtes bien les personnes ayant réservées. Sachez qu'il reste confidentiel. Personne ne l'utilisera dans le but de régler une transaction." Dit-elle.

Tournant le buste d'un quart, elle saisit alors une paire de clefs, accrochée au tableau de bois.  Se dégageant du comptoir, nous vîmes une grande blonde aux yeux clairs, dont le corps était parfaitement harmonieux. De façon gracile, elle commença à gravir les premières marches d'escalier.

Nous précédant, elle ouvrit une porte, au deuxième étage. Une véritable chambre de poupée s'offrit alors ! C'est curieux. Nous avons le droit à une vue sur mer ? Serait-ce un dédommagement au sujet de la demi-pension ? Cesse de rêver, ma vieille ! Répondis-je, à moi-même.

Tout en affectant une place de choix au chat, fort pressé d'assouvir un besoin naturel et de se restaurer, j’évoquais avec Édouard, l'erreur évidente de la jeune femme.

"Tu imagines pas que nous avons une chambre sur la mer, alors que nous paierons le prix convenu ? Tu rêves complètement. J'ignore où est la faille, mais nous l'apprendrons vite." Depuis qu'Édouard souffre d'hypertension artérielle, le pauvre paraît à cran, s'emportant pour un rien, alors que cela n'est nullement dans sa nature. Après tout, nous verrons bien. 

Nos effets personnels rangés dans l'armoire et les valises logées au-dessus, nous descendîmes piquer une tête dans une eau de mer, tiède ! D'ailleurs, j'en rêvais intensément depuis des jours, me remémorant les bains de mer à la plage de David à Marseille, au Prophète ! Le Prophète est une plage aménagée sous la corniche, où a été construit le plus long banc du monde !

Au passage, l'hôtesse nous informe que le prix de la chaise longue sur le sable est de treize euros (quatre vingt cinq francs) la journée. Toutefois, avant la fin de notre séjour, cette dernière quitta subrepticement la place...  Sur le sable, le gérant nous accueillit :

"Installez-vous Madame, Monsieur. Je vous en prie. Puis-je vous proposer une boisson ?" Dit-il

"Non. Merci." Répondis-je, estimant m'être suffisamment abreuvée d’eau de Vittel à cause de la chaleur étouffante. Nous plongeâmes au milieu de débris de bois, d'algues, flottant sur l'eau, puis nous nous allongeâmes sur l'épais matelas à larges rayures rouges et blanches. Les transats cueillirent deux corps un peu las, qui n'avaient pas encore pris le temps de s'adapter à la chaleur ambiante !

Presque aussitôt, l'envie de bouger chatouilla nos pieds, monta le long des jambes, générant  un désir impromptu de remuer. Nous abandonnâmes les transats, emportant nos serviettes, quand le gérant fit un geste de la main dans notre direction, d'autant que nous étions les seuls clients de l'après-midi !

"S'il vous plaît !"  Lança-t-il.  

"Oui. Que désirez-vous ?" Demandai-je.

"Vous me devez treize euros (quatre vingt cinq francs) pour les transats."

"Pardon. Nous vous devons treize euros pour avoir utilisé une heure, deux transats ?" Interrogeai-je. 

"Je suis désolé Madame. C'est un forfait."

"Bien. Je n'ai rien sur moi. Je réglerais la dette en descendant." Dis-je, le visage fermé, tournant les talons. Nous empruntâmes une première série de marches, dont la première partait du sable. En les gravissant, cela tirait sur les mollets, puis nous enchaînâmes quatre allées en espalier à cause du dénivellement. Enfin, la pelouse du jardin apparut :

"N'est-ce pas exagéré, d'exiger le forfait d'une journée, pour un heure de transats ?" Tentai-je, redoutant les reproches acerbes d'Édouard.

"C'est comme çà, à l'hôtel. Les clients sont sollicités pour allonger au maximum, la note. À table, l'apéritif est proposé, ainsi que les vins, dont le prix est parfois exorbitant. Tout est conçu dans ce but. Tu voulais vivre à l'hôtel ? Alors ne te plains pas." Dit-il, paraissant encore plus contrarié que moi. Il l'était, non pas à cause de la dépense imprévue, mais plutôt à cause de mon indécrottable candeur !

"Ah je comprends. Leur rôle consiste à doubler la note en extras ?  Je peux te dire une chose maintenant : nous n'utiliserons plus les matelas de l'hôtel. Secundo, je ne paierais aucun supplément pour la chambre jaune qui est sur le jardin, puisque la réservation concerne une chambre sur la rue !  Nous n’y ferons que dormir, après tout."

Je m'interrompis, songeant qu'Édouard en profiterait pour me charger davantage, mettant lâchement en avant, que l'idée des vacances au Coyotte, venait de moi et non de lui. J'attendais naïvement plus de compassion de sa part, sachant qu'il en avait cruellement manqué, depuis le début de notre mariage ! Ne se laissait-il pas servir comme un roi, d'un bout à l'autre de l'année, sans penser un seul instant, que l'inverse pouvait m’être tout autant agréable ? Si d'infortune, exténuée de fatigue me suis-je plainte, évoquant en haussant le ton, les renoncements tacites auxquels j'ai dû me soumettre, en réponse j'eus un leitmotiv identique : tu l'as voulu !

La réalité était ailleurs : ne m'étais-je point simplement adaptée, chaque seconde de ma vie, à notre différence de culture ? La clarification récitée une fois de plus,  mentalement, je songeais qu'un séjour prolongé en hôtel était une première, en ce qui me concernait.

Édouard, quant à lui, en avait bénéficié non seulement dans un cadre professionnel, mais également personnel, puisque nous ne dînons pratiquement jamais, dehors ! J'allais donc vivre quinze longues journées, entièrement délestée de la moindre corvée à réaliser. Ah, quel bonheur de n'être plus quelqu'un de corvéable à l'image du serf, au Moyen-Âge !

Toutefois, j'en avais joui, au moment de transmettre la vie à notre descendance, prenant conscience qu'une journée en hôpital engendre forcément des inconvénients, conduisant à lever le camp, bien vite !





  
Carnets de vacances 2002 - 2003