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 INTRODUCTION



Aujourd’hui – ce mardi 3 janvier 2006 à seize heures précises, je commence un nouveau manuscrit, où je voudrais parler d’un sujet neuf en littérature, à savoir les « Différences entre générations » dont ce sera peut être, le titre. J’ignore si ce sera le cas, mais pour l’instant, l’œuvre qui est en substance depuis plusieurs mois va enfin être libérée. L’idée m’en est venue au contact de mes petits-enfants : Sarah  et Kévin.

Voici la définition du mot, génération :

Ensemble de personnes ou de choses de même origine, de même classe.    Ensemble de ceux qui descendent d’une même personne à chaque degré de filiation…. [Par extension]  Temps qui sépare les degrés d’une filiation (environ trente ans)… . Donc, il y a bien une trentaine d’années entre mère, père et l’enfant, et le double, soit une soixantaine d’années entre grands-parents et petits-enfants.



CHAPITRE  I

LA NAISSANCE DE KEVIN 


De fait, j’avais quarante-quatre ans et l’homme de ma vie juste quarante deux lorsque notre petit-fils naquit. Nous étions devenus « parents» à vingt et vingt-deux ans. J’étais donc, ce 23 juillet 1995 encore une jeune femme, plutôt mince, constamment en mutation à l’image de toutes espèces vivantes, bien que peu s’en soucie quand Kévin vint au monde.

C’est la benjamine qui m’a comblée la première, en transmettant la vie à ce petit être qui a dû accomplir un exploit extraordinaire de façon à quitter l’antre douillé de sa jeune maman. Le médecin accoucheur l’ayant informée qu’il utiliserait les forceps si l’enfant ne sortait pas, elle poussa si fort qu’il fut expulsé, présentant des contusions au visage, aux mains et un crâne déformé ! A peine eut-il poussé le cri de la vie, qu’il fut piqué par une aiguille au dos de sa petite main parfaite, le médecin désirant vérifier s’il n’abritait pas une quelconque anormalité, bien que celle-ci soit toute relative.

Le bel enfant tuméfié fut présenté aux deux grands-mères qui l’attendaient patiemment, le séant sur un siège de plastique blanc. A plusieurs reprises, le père apparut dans l’embrassure d’une porte à double battant marine foncé, barrée d’une large bande jaune chrome. C’était la salle de travail où seulement lui, était admis. Plusieurs photos furent prises, remémorant ce moment chargé d’émotions. Puis deux éclats de voix brisèrent le silence régnant dans le large couloir de la clinique Franco-britannique bâtie au cœur du quartier tranquille de Levallois Perret, en région parisienne.

A cet instant, il y avait déjà une différence non négligeable entre sa génération et la mienne. Il avait ses deux grands-mères qui l’attendaient là, bien que c’était un samedi et que la pendule comptait plus de dix-huit heures, alors que j’étais demeurée seule, sur une planche de bois anonyme, au centre d’une immense salle de travail de l’hôpital de Villepinte, en Seine Saint Denis, quand sa mère poussa le cri de la vie !

C’était le vingt mai 1973 – un dimanche – et la montre à mon poignet précisait : dix-neuf heures vingt-trois minutes. Quelques heures auparavant, j’avais perdu les eaux dans le séjour de l’appartement, alors que nous attendions depuis six mois la mise en service de notre ligne téléphonique ! Là, nous en avions vraiment besoin, or Gérard fila au pas de course en direction de la cabine de la cité dortoir où nous habitions, bien qu’elle soit régulièrement détériorée. Je priais le ciel pour qu’elle ne le fût point, et l’appel aboutit chez maman. C’est la benjamine qui répondit et quelques minutes plus tard, elle nous emporta dans sa « deuche » grise décapotable qui était à l’époque, le  fleuron de la firme Citroën !

A l’hôpital de Villepinte je fus assise immédiatement sur un fauteuil roulant, à l’image d’une  grande malade, alors que le matin même j’avais pris une douche, donné le bain à Carole, préparé le repas de midi et rangé toute la cuisine debout… La famille fut évincée aussitôt alors que je fus conduite en salle de travail.

Soudain rassurée de me trouver entre des mains compétentes, les douleurs cessèrent - séance tenante - et l’infirmière de garde tendit même Paris-Match que je parcourus sans le lire vraiment, sachant que les douleurs reviendraient. Une demie heure plus tard, je perdis une deuxième poche d’eau. J’en fus désagréablement surprise, pensant que je devrais accoucher à sec, or il n‘en fut rien. A dix-neuf heures les douleurs reprirent et juste avant la dilatation complète du col de l’utérus, une troisième poche d’eau éclata, lubrifiant magistralement le passage du nourrisson !

De la sorte, je ne souffris guère, alors que la maman de Kévin – Samantha - avait eu recours à la toute nouvelle « péridurale ». Curieusement, je n’entendis rien quand le nouveau-né quittât l’antre maternel. Que se passe-t-il ?  Pensai-je, relevant la tête sans bouger un corps las. Je revis mentalement mon bébé tenu par les pieds, entre les mains d’une infirmière. Il fut plongé d’abord dans une bassine d’eau certainement fraîche, puis dans une autre, probablement remplit de liquide  tiède. Enfin, le cri de la vie envahit la salle où j’avais seulement entendu les hurlements d’une compagne de fortune qui n’avait pas eu le cran de supporter en silence, les douleurs provoquées par les contractions de l’utérus ! N’ayant gêné personne, la responsable me fit transporter avec mon bébé, confortablement installée dans un lit de métal peint en bleu, dans une chambre à trois lits. L’autre accouchée rejoignit une chambre à cinq lits...  C’était en mai 1973 !

Après la naissance de Kévin, Samantha fut conduite dans une vaste chambre individuelle dont le supplément a été réglé à sa sortie, par le père de l’enfant.

J’étais heureuse d’être grand-mère et chagrinée à la fois, parce que Kévin était un enfant naturel puisque Didier et Samantha n’avaient pas encore prononcé le « oui » devant Monsieur le Maire. Ceci constituait une différence fondamentale entre les parents de mon petit fils et ses grands-parents maternels, lesquels n’entamèrent leurs virginités réciproques qu’après les épousailles. Ce qui est dorénavant  une rareté… en 2006. Quant aux grands parents paternels, ils se dirent « oui » quand Didier avait cinq ans !

Suite I

Gérard et moi avions franchi le pas au cœur de la jolie mairie de Pantin, le vingt février 1971 à quinze heures précises. Notre premier bébé vint au monde le premier décembre de la même année, alors que Samantha vit le jour trente mois exactement,  après notre mariage. Tristement, Samantha n’a jamais épousé le père de Kévin qui quitta le domicile conjugal pour s’installer définitivement à Monaco, en décembre 1996, alors que le bel enfant comptait une année à peine. Il eut des papas de substitution, sans parler d’une foule de nounous. De fait, cet enfant a su développer par la force des choses, l’adaptabilité, qui est un élément indispensable dans un monde en permanente mutation.

Remontons le temps afin d’expliquer pourquoi, il fallait absolument que je sois mariée avant de transmettre la vie. De fait, c’était une exigence absolue de maman, souhaitant s’éviter la honte d’abriter sous son toit, une de ses quatre filles «enceinte» avant une union officialisée. 

«Il faut vous marier mes chéries et surtout arriver vierge, au mariage.» Disait-elle, sous n’importe qu’elle prétexte. De fait, je réentends encore comme une litanie, la phrase culte de Maman ! Alors, pourquoi enfreindre les désirs d’une femme exemplaire ? Car maman a été une femme exemplaire et en toutes circonstances. N’avait-elle pas quitté un pays, seule, emportant ses quatre filles ? N’avait-elle pas abandonné aux mains des « arabes » comme nous le disions alors, une grande villa de trois appartements? Oui, elle nous installa à Marseille dans un joli appartement tout neuf.

Quand l’aînée épousa le cousin germain fréquenté à quinze ans, elle se mit à gagner de l’argent, en qualité de retoucheuse dans un magasin de vêtements pour hommes. Pouvions-nous alors, la décevoir, sur un point paraissant tellement important à ses yeux ? Dans les faits, aucune ne revint à la maison avec un enfant en gestation. Seulement, le mariage avant le sexe engendre un inconvénient majeur : passer à côté de sa jeunesse. Et la mienne a filé, de fait, à la vitesse de l’éclair, au point de me demander aujourd’hui ce que j’en ai fait.

Quand de grandes responsabilités vous assaillent à vingt-deux ans, vous n’avez qu’une alternative : assumer. C’est ce que je fis, sans me poser trop de questions parce que mon jeune époux et mes deux filles avaient plus besoin de moi que quiconque, même si c’est à ce moment précis, que la santé de maman se mit à péricliter. Une vraie femme a la capacité de fournir l’effort nécessaire à la survie des siens et ne passe rien avant cela. C’est ce qu’avait fait ma propre mère au décès de mon père et c’est ce que je fis à mon tour.

Cependant, notre union fut sellée sur une mauvaise base, ayant éludé consciemment ou non, d’évoquer clairement ce que nous attendions l’un de l’autre. Sans doute étions-nous animés par la crainte de plonger de nouveau dans la solitude où nous étions, avant notre rencontre. Cette erreur me conduit à désirer le quitter, depuis ce jour où il lança : Tu t’es mariée avec moi par intérêt. Ceci me fit prendre conscience du fossé qui nous séparait, car non seulement il n’avait pas le sou, ni permis de conduire, ni véhicule personnel, pas même un compte bancaire. Il n’avait qu’un salaire moyen, un salaire de base.

Ces paroles blessantes exprimaient son désir de me voir rapporter autant si ce n’est plus d’argent que lui, au foyer. Seulement, mon jeune mari ne m‘apporter aucune aide à l’endroit de l’éducation des enfants, de l’intendance du foyer ! A l’évidence, il ne voyait rien des travaux accomplis au quotidien dans le but d’assurer l’entretien et la survie de quatre personnes, à moi seule. L’argent qu’il rapportait, couvrait à peine les dépenses et parce que je suis une femme économe.

De fait, j’avais besoin d’un sacré coup de main, toutes les fois où j’ai tenté une reprise d’activité rémunérée, or rien ni personne ne vint à mon secours. Au bout d’une quinzaine de jours de travaux à l’extérieur et à la maison, j’étais épuisée, incapable d’assumer tout ce qui m’était demandé. Le corps amaigri, constamment sur les nerfs, croulant sous les efforts répétés, une rupture du contrat de travail s’imposait dans l’urgence. Et puisque je ne pouvais rompre le mariage, me liant désormais à un mari égocentrique, il devenait incontournable d’abroger celui qui m’attachait à un patron exigeant une foule de tâches fastidieuses pour un salaire de misère. Qui plus est, quatre vingt pour cent de ce dernier allait à la nourrice !

De fait, j’exprimais souvent à mes filles ce malaise entre nous, allant jusqu’à envisager la rupture et une existence à trois. Le temps filant à la vitesse de l’éclair, je sui restée à ma place, animée par la crainte de tomber encore plus mal, ne faisant guère confiance à une gante masculine plus attirée par le sexe que par ce contient la tête des femmes ! Je crois que cette ambiguïté entre paroles et comportements valut à mes filles une certaine instabilité sentimentale, dont elles ont du mal à  se défaire, malgré leurs trente-quatre et trente-deux ans à l’heure où j’écris, mais pas seulement !

Il faut beaucoup de réflexions et surtout de renoncements pour lier durablement sa vie à un être de sexe opposé. Cette simple phrase résume dans son ensemble, l’incapacité de la jeunesse actuelle à prendre l’autre tel qu’il est, acceptant autant ses différences que ses similitudes. Point.

Un exemple simple peut concrétiser des mots qui peuvent sembler impénétrables, parce qu’ils sont lus rapidement à l’image de notre temps, où tout va vite et mal. Evoquons l’unique la déclaration de Gérard :

« Nous ne nous quitterons jamais. »  De répondre :
 
« Je veux être riche. » En fonction de sa réponse, il voulait dire : A nous deux, nous serons plus forts. Nous ne nous quitterons donc, jamais. Il est vrai, qu’au moment où la phrase a été prononcée nous avions déjà réalisé beaucoup de choses, à deux : louer un studio, entièrement rénové par nos soins. Chaque soir, après le travail, nous courrions dans un grand magasin commander des meubles de cuisine, acheter une couverture de laine et un tas d’objets utiles à une installation, partant de zéro.

Issu d’une famille de huit enfants, Gérard n’avait été à ce jour qu’un numéro parmi le troupeau. Soudain, en ma compagnie, il avait réalisé plus d’actions en sept mois, qu’en dix-neuf ans ! Il avait soudain une existence propre, autonome et ne voulait pour rien au monde redevenir le numéro qu’il avait été.

De mon côté, j’avais vécu dans l’opulence avant mes huit ans : une villa, un jardin, une voiture, de l’argent, beaucoup d’amis… Au décès du père, qui fut une perte cruelle, ce fut les prémices d’une longue restriction financière à laquelle d’autres vinrent s’ajouter.  A ce moment charnière de ma vie, j’avais pénétré à mes dépends, que privé d’argent, la liberté est un leurre... Ce qui m’a fait formuler juste avant le mariage : je veux être riche. Etant donné que ce jeune homme venait remplacer « mon père » auprès de moi, il se devait de réaliser mes désirs, m’apportant la double liberté, idéale par essence : protection physique et financière. Or, sept mois après notre rencontre, il ne savait strictement rien de ma vie et j’en savais très peu sur la sienne, sinon qu’il est né dans des circonstances particulières évoquées dans mes mémoires. Dans les faits donc, il n’était pas en mesure d’évaluer la portée de mes paroles.

Ce sont des années de réflexions qui me permettent d’étayer aujourd’hui, le sens de nos déclarations - qui furent uniques - chuchotées derrière une porte d’entrée, suite à une altercation verbale entre ma mère et moi. Il ressort combien les protagonistes demeurent empreints de leurs vécus respectifs, ne tenant point compte de celui de l’autre, car ignoré.

La clef, des désaccords des couples actuels, est là. Car chacun échafaude des projets en fonction d’un vécu personnel dont l’autre ignore tout : parlons-nous, dit la publicité...







  
Différences entre générations